La Fédération norvégienne de football (NFF) a officiellement saisi deux organes de la FIFA pour demander des explications sur trois dossiers qu’elle juge susceptibles de révéler des abus d’autorité, des conflits d’intérêts ou des défaillances de gouvernance. Une offensive institutionnelle qui place directement Gianni Infantino et le fonctionnement de l’instance mondiale au centre des interrogations.
Deux plaintes pour examiner le fonctionnement de la FIFA
Comme annoncé le 7 août, la NFF est passée à l’action. Dans un communiqué publié mardi, l’instance norvégienne indique avoir déposé deux plaintes distinctes, mais liées aux mêmes préoccupations. La première a été transmise au comité d’éthique de la FIFA. Elle doit notamment examiner la conduite de Gianni Infantino et d’autres responsables cités dans le dossier, afin de déterminer si certaines décisions ou pratiques pourraient contrevenir au Code d’éthique de l’organisation.
La deuxième plainte a été adressée à la Commission de gouvernance, d’audit et de conformité (GACC). Son objectif est plus large : vérifier si les mécanismes de contrôle interne, la surveillance financière, les procédures de gouvernance et les processus de décision ont correctement fonctionné. « La Norvège ne demande pas seulement des explications sur des décisions : elle interroge le fonctionnement même des mécanismes de contrôle de la FIFA. » Cette double saisine donne donc une dimension institutionnelle à la démarche norvégienne. Il ne s’agit plus seulement de contester des décisions précises, mais de déterminer si les règles de gouvernance de la FIFA ont été respectées.
Trois dossiers au cœur des interrogations de la Norvège
Les plaintes de la NFF portent sur trois affaires différentes. Leur point commun réside, selon la fédération, dans de possibles questions d’influence, d’autorité et de transparence. Le premier dossier concerne le prix de la paix créé par la FIFA en novembre 2025 et attribué quelques semaines plus tard à Donald Trump. La Fédération norvégienne remet en question la neutralité politique de cette distinction et souhaite notamment que les circonstances entourant sa création et son attribution soient examinées.
Le deuxième dossier concerne Folarin Balogun. L’attaquant américain avait reçu un carton rouge contre la Bosnie-Herzégovine lors du seizième de finale de la Coupe du monde, le 1er juillet dernier. La suspension qui devait découler de cette expulsion aurait ensuite été annulée. Une décision que la NFF considère comme suffisamment inhabituelle pour justifier des éclaircissements. « Derrière une suspension annulée, la question posée est plus lourde : les mêmes règles s’appliquent-elles réellement à tous ? »
Le troisième dossier est probablement le plus sensible sur le plan financier. Il concerne le projet baptisé « FIFA Forward Entreprise » (FFE), qui prévoyait notamment la cession de 20 % d’une nouvelle filiale commerciale de la FIFA à des investisseurs privés. Selon les éléments soulevés par la NFF, le projet aurait été préparé sans que le Conseil de la FIFA, présenté comme l’organe disposant des prérogatives nécessaires en matière de gouvernance, en soit informé comme il aurait dû l’être. Le projet a finalement été retiré le 31 juillet après une opposition notamment venue de l’UEFA, de la CONCACAF et de l’AFC.

Le cas Kevin Lamour au centre des demandes d’explications
La Fédération norvégienne ne s’arrête toutefois pas au retrait du projet. Elle demande également des éclaircissements sur le départ de Kevin Lamour, ancien directeur des opérations de la FIFA, qui se serait opposé au dispositif. La NFF souhaite notamment comprendre les circonstances exactes de cette démission et déterminer si un éventuel intérêt financier impliquant Gianni Infantino aurait été négocié dans le cadre du projet.
À ce stade, ces interrogations formulées par la fédération norvégienne ne constituent pas, à elles seules, la preuve d’une violation du Code d’éthique ou d’une irrégularité financière. Les procédures engagées doivent justement permettre aux instances compétentes de vérifier les faits et d’établir les responsabilités éventuelles. L’enjeu dépasse donc les trois affaires citées. Pour la FIFA, c’est sa capacité à garantir une gouvernance transparente, des contrôles indépendants et une application cohérente de ses propres règles qui se retrouve désormais sous observation.
Une offensive qui pourrait laisser des traces
La démarche de la Norvège intervient dans un contexte où les questions de gouvernance et de transparence restent particulièrement sensibles dans le football international. En saisissant simultanément le comité d’éthique et la commission de gouvernance, d’audit et de conformité, la NFF cherche à obtenir des réponses sur plusieurs niveaux de responsabilité. « Le véritable enjeu n’est plus seulement de savoir ce qui s’est passé, mais de déterminer qui contrôlait les décisions et selon quelles règles. » La suite dépendra désormais des examens menés par les deux instances saisies. Si des irrégularités étaient établies, les conséquences pourraient dépasser les personnes directement concernées et raviver le débat sur les mécanismes de contrôle au sein de la FIFA.




