Football

CAN : Le Mali et la malédiction du « Money-time » (Chronique)

CAN : Le Mali et la malédiction du « Money-time » (Chronique)
S’il y avait un prix pour le football le plus séduisant d’Afrique, le Mali serait un candidat permanent. Mais s’il existait un trophée pour le scénario le plus cruel, les Aigles seraient champions du monde. Pourquoi cette sélection, si pétrie de talent, finit-elle toujours par se brûler les ailes au moment où l’arbitre regarde sa montre ? Le football malien est une symphonie magnifique dont les dernières mesures semblent systématiquement écrites par un scénariste de film d’horreur. Ce lundi 22 décembre 2025, au stade Mohammed-V de Casablanca, le Mali n’a pas seulement partagé les points avec la Zambie (1-1) ; il a repris rendez-vous avec ses propres démons. C’est le récit d’une pathologie qui transforme le talent pur en tragédie nationale.

Casablanca, 22 décembre 2025 : Un braquage à visage découvert

On pensait la leçon apprise. On imaginait que le nouveau sélectionneur, Tom Saintfiet, avait enfin apporté ce pragmatisme européen tant réclamé par les supporters de Bamako. Durant près de 90 minutes, le Mali a offert une masterclass : un jeu de transition fluide, un milieu de terrain composé de Dieng et Sangaré qui a régné en maître, et une animation offensive portée par le virevoltant Nene Dorgeles. Pourtant, les premiers signes de fébrilité sont apparus dès la 42e minute. Suite à une faute de Banda sur Nene, les Aigles obtiennent un penalty. C’est le tournant psychologique. El Bilal Touré s’élance, mais sa frappe est stoppée par un Mwanza héroïque. À cet instant, le doute s’immisce, mais il est balayé à la 62e minute : sur un corner joué avec malice, Lassine Sinayoko surgit et transperce les filets. Le Mali mène, le Mali survole, le Mali est virtuellement leader du Groupe A.

CAN : Le Mali et la malédiction du « Money-time » (Chronique)
Mais à Casablanca, comme à Bouaké un an plus tôt, le panneau lumineux du quatrième arbitre a agi comme un déclencheur de panique. Au lieu de confisquer le cuir, les Aigles ont reculé de vingt mètres. À la 92e minute, sur l’unique réelle déconnexion de la défense, l’attaquant de Leicester City, Patson Daka, profite d’un alignement désastreux de Diaby pour placer une tête victorieuse. 1-1. Le coup de sifflet final retentit comme un glas. Le Mali vient de perdre deux points, mais il a surtout perdu sa sérénité.

Le traumatisme de Bouaké : La blessure originelle

Pour comprendre pourquoi ce nul contre la Zambie fait si mal, il faut rouvrir la plaie encore béante du 3 février 2024. Ce jour-là, en quart de finale de la CAN en Côte d’Ivoire, le Mali affrontait le pays hôte. Le scénario était encore plus surréaliste, plus cruel, presque sadique.
Les Aigles mènent 1-0 grâce à un but stratosphérique de Nene Dorgeles (71e). Ils jouent à 11 contre 10 après l’expulsion de Kossounou. Ils dominent chaque centimètre de la pelouse. Et pourtant, par un processus de déliquescence mentale inexpliqué, ils encaissent l’égalisation d’Adingra à la 90e minute. Pire, au bout de la prolongation, alors que tout le monde se prépare aux tirs au but, Oumar Diakité surgit à la 122e minute pour crucifier le Mali d’une talonnade.
Ce jour-là, le capitaine Hamari Traoré finira en larmes, exclu après le match pour avoir contesté l’arbitre. Ce n’était pas seulement une défaite tactique ; c’était un effondrement spirituel. Le Mali est capable de produire le plus beau football du continent pendant 89 minutes, avant de devenir une équipe de quartier dès que le temps additionnel s’affiche.

L’Analyse : Pourquoi cet horloger oublie-t-il la dernière aiguille ?

Le mal malien n’est pas physique, il n’est pas technique. Il est structurellement mental. On peut identifier trois causes majeures à cette malédiction :
 
Le déficit de gestion émotionnelle
Le joueur malien est un esthète. Il aime le beau jeu, la possession, le triangle parfait. Mais dès que le match bascule dans l’irrationnel — quand le public adverse pousse, quand l’adversaire jette ses dernières forces dans la bataille — le Mali perd son identité. Le ballon devient « brûlant ». On ne cherche plus à construire, on cherche à se débarrasser du cuir. Cette panique collective est une invitation au crime pour des attaquants de la trempe de Patson Daka ou Simon Adingra.
On pensait la leçon apprise. On imaginait que le nouveau sélectionneur, Tom Saintfiet, avait enfin apporté ce pragmatisme européen tant réclamé par les supporters de Bamako. Durant près de 90 minutes, le Mali a offert une masterclass : un jeu de transition fluide, un milieu de terrain composé de Dieng et Sangaré qui a régné en maître, et une animation offensive portée par le virevoltant Nene Dorgeles. Pourtant, les premiers signes de fébrilité sont apparus dès la 42e minute. Suite à une faute de Banda sur Nene, les Aigles obtiennent un penalty. C’est le tournant psychologique. El Bilal Touré s’élance, mais sa frappe est stoppée par un Mwanza héroïque. À cet instant, le doute s'immisce, mais il est balayé à la 62e minute : sur un corner joué avec malice, Lassine Sinayoko surgit et transperce les filets. Le Mali mène, le Mali survole, le Mali est virtuellement leader du Groupe A.
L’absence de « Vice » et de culture du résultat
Contrairement aux nations d’Afrique du Nord ou à des équipes comme la Côte d’Ivoire ou le Nigeria, le Mali manque de ce que les Latino-Américains appellent la maña. Savoir gagner du temps, provoquer une faute tactique à 40 mètres de son but pour casser le rythme, garder le ballon au poteau de corner… Ces gestes « moches » mais essentiels sont absents du logiciel des Aigles. Le Mali veut gagner avec la manière, là où le tournoi exige de gagner avec les dents.
Le complexe du pays hôte
Hier, le Maroc a géré son avance contre les Comores avec une froideur de chirurgien. Les Lions de l’Atlas savent souffrir sans rompre. Aujourd’hui, le Mali a montré qu’il ne savait pas gérer l’avantage. Ce contraste est saisissant : le Maroc avance comme un rouleau compresseur, le Mali comme un funambule sur un fil de soie.

Quel avenir pour les Aigles dans cette CAN 2025 ?

L’opération comptable est catastrophique. En concédant ce nul, le Mali se met une pression monumentale. Le classement du Groupe A après la première journée est cruel :
Mali : 1 pt (0)
Zambie : 1 pt (0)
Comores : 0 pt (-2)
CAN : Le Mali et la malédiction du « Money-time » (Chronique)
Le prochain match contre le Maroc à Rabat s’annonce comme une finale avant l’heure. Si le Mali perd, il jouera sa survie contre les Comores, avec le risque de voir la Zambie s’emparer de la deuxième place. Pour Yves Bissouma, Amadou Haidara et la pépite Nene Dorgeles, le temps des promesses est terminé.
Le Mali est comme un horloger de génie qui construit une montre magnifique pendant des heures, mais qui oublie de poser la dernière aiguille au moment de la livrer. Pour passer un cap et enfin soulever ce trophée qui leur échappe depuis toujours, les Aigles doivent comprendre une vérité brutale : le talent vous emmène jusqu’à la 85e minute, mais seul le caractère — ce mélange de vice, de sueur et de sang — vous mène au coup de sifflet final.
La question est désormais sur toutes les lèvres à Bamako : le Mali peut-il guérir en quatre jours ? Ou Casablanca n’était-elle que le premier chapitre d’une nouvelle tragédie grecque en terre marocaine ?
et oui une chose est sure Le choc Maroc – Mali approche à grands pas.

Cet article vous a plu ? Partagez-le avec vos amis et vos groupes 👇

Partager sur Facebook
Shares:

Rejoignez plus de 7 000 passionnés de foot sur Facebook

Chaque jour, l’actu du foot africain et international, les débats d’après-match et les coulisses du ballon rond. Venez donner votre avis !

Rejoindre la communauté