Le Ballon d’Or africain n’a qu’un nom : George Weah, sacré en 1995. Depuis, aucun joueur du continent n’a soulevé le trophée. À la veille de la cérémonie du 26 octobre 2026 à Londres, Achraf Hakimi et Sadio Mané portent les couleurs de l’Afrique. Pourquoi bute-t-elle toujours sur la dernière marche ?

1995 : le jour où George Weah a fait tomber la barrière
Le 24 décembre 1995, France Football consacre un attaquant libérien passé par Monaco, le PSG puis l’AC Milan. Ce n’est pas un hasard du calendrier : 1995 est la première année où les joueurs nés hors d’Europe peuvent recevoir des voix, à condition d’évoluer dans un club européen.
Weah en profite aussitôt. Selon les résultats officiels du vote, il récolte 144 points, 36 de plus que l’Allemand Jürgen Klinsmann (108), et devance le Finlandais Jari Litmanen (67). Un écart net, qui récompense une année partagée entre le PSG et Milan.
Ce Ballon d’Or reste à ce jour le seul Ballon d’Or africain de l’histoire. Attention à la confusion : le « Ballon d’Or africain » désigne aussi le trophée du meilleur joueur africain décerné par la CAF. Ici, nous parlons bien du trophée mondial créé par France Football.

Trente ans de « presque » : la liste des grands frustrés
Depuis Weah, plusieurs stars africaines se sont approchées du sommet sans jamais le toucher. Leurs meilleurs classements :
- Sadio Mané (Sénégal) : 2e en 2022, derrière Karim Benzema, et 4e en 2019. C’est le meilleur résultat d’un Africain depuis 1995.
- Didier Drogba (Côte d’Ivoire) : 4e en 2007, derrière Kaká, Cristiano Ronaldo et Lionel Messi.
- Mohamed Salah (Égypte) : 4e en 2025, après plusieurs passages dans le top 10.
- Samuel Eto’o (Cameroun) : 6e en 2006, l’année où il remporte la Ligue des champions avec le Barça.
- Achraf Hakimi (Maroc) : 6e en 2025, après le premier sacre européen du PSG. Il compte d’ailleurs parmi les Africains vainqueurs de la Ligue des champions.
- Riyad Mahrez (Algérie) : 7e en 2016, l’année du titre fou de Leicester.
- Victor Osimhen (Nigeria) : 8e en 2023, après le Scudetto de Naples.
Le constat saute aux yeux : les Africains entrent régulièrement dans le top 10, mais rarement sur le podium. En trente ans, un seul a terminé deuxième.
Pourquoi l’Afrique bute sur la dernière marche
Le poids écrasant des trophées collectifs
Le règlement actuel classe trois critères : les performances individuelles, les titres collectifs et le fair-play. Dans les faits, le Ballon d’Or récompense presque toujours le joueur décisif d’une équipe qui a tout gagné : la Ligue des champions et, les années de grande compétition, une Coupe du monde ou un Euro.
Or aucune sélection africaine n’a encore atteint une finale de Coupe du monde. Le Maroc a ouvert la voie avec une demi-finale en 2022, puis un quart de finale en 2026, perdu 2-0 contre la France le 9 juillet à Boston. Un joueur européen ou sud-américain peut compter sur un sacre mondial pour faire la différence. Un Africain doit tout miser sur son club.
Des profils moins médiatisés
Le trophée sourit aux buteurs et aux meneurs de jeu. Les défenseurs sont les grands oubliés : le dernier sacré, Fabio Cannavaro, remonte à 2006. Hakimi, considéré comme l’un des meilleurs latéraux du monde, part donc avec un handicap de poste. Mané et Salah, eux, étaient des ailiers dans des équipes où la lumière se partageait.
Un continent longtemps peu représenté chez les votants
Pendant des décennies, le vote est resté très européen. Depuis 2022, il est confié à 100 journalistes, un par pays parmi les 100 premiers du classement FIFA. L’Afrique y pèse davantage qu’avant, mais chaque voix compte autant qu’une autre, et la notoriété mondiale reste décisive dans les choix.
La CAN, un sacre qui pèse peu dans l’urne
Remporter la Coupe d’Afrique des nations est un exploit immense. Mais aux yeux des votants, elle n’a pas le même poids qu’un Euro ou une Copa América. Mané l’a gagnée en 2022 et a terminé 2e cette année-là : sans titre européen, le podium était déjà un exploit.
2026 : Hakimi et Mané, les deux porte-drapeaux
La 70e édition du Ballon d’Or sera remise le lundi 26 octobre 2026 à Londres, pour la première fois loin de Paris. Sur les 30 nommés dévoilés le 8 septembre, l’Afrique n’en compte que deux, contre trois l’an dernier (Salah, Hakimi et Serhou Guirassy).

Achraf Hakimi a vécu une saison chargée. Avec le PSG, il a remporté une deuxième Ligue des champions consécutive, le 30 mai 2026 à Budapest, contre Arsenal (1-1, 4-3 aux tirs au but). Avec le Maroc, il a atteint les quarts de finale du Mondial. Il fait partie des neuf joueurs parisiens nommés, un record qui risque toutefois de diviser les voix entre coéquipiers.
Sadio Mané, qui évolue en Arabie saoudite, doit sa nomination à son influence avec le Sénégal. Son cas illustre une situation inédite. Sur le terrain, le Sénégal a battu le Maroc en finale de la CAN 2025. Mais le 17 mars 2026, la CAF a retiré le titre aux Lions de la Teranga pour avoir brièvement quitté la pelouse pendant la prolongation, et l’a attribué au Maroc sur tapis vert (3-0). La Fédération sénégalaise a fait appel devant le Tribunal arbitral du sport, dont la décision est attendue fin novembre. Nous avons détaillé les coulisses de ce bras de fer judiciaire.

Pour la victoire finale, les favoris s’appellent ailleurs. Ousmane Dembélé, tenant du titre, a remporté une nouvelle Ligue des champions. Harry Kane affiche 73 buts sur la saison avec le Bayern et l’Angleterre, troisième du Mondial. Kylian Mbappé est devenu le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde (22 buts). Réalisme oblige : un deuxième Ballon d’Or africain semble peu probable cette année.
Jusqu’à quand ? Les conditions d’un nouveau sacre
Pour succéder à Weah, un joueur africain devra sans doute réunir trois ingrédients :
- Être la star offensive d’un club vainqueur de la Ligue des champions, avec des statistiques qui écrasent la concurrence.
- Briller lors d’une grande compétition internationale, idéalement avec un parcours historique en Coupe du monde.
- Profiter d’une année sans « monstre » européen ou sud-américain au sommet de sa forme.
Les signaux sont encourageants. Les clubs européens recrutent de plus en plus tôt sur le continent, les sélections africaines progressent au plus haut niveau et le Maroc s’est installé parmi les meilleures nations du monde. La prochaine Coupe du monde, en 2030, se jouera en partie au Maroc : un décor rêvé pour écrire la suite de l’histoire.
En attendant, réponse lundi soir à Londres. Hakimi peut-il devenir le premier Africain sur le podium depuis Mané ?




