Walid Regragui avait déjà décidé de tourner la page du Maroc bien avant l’annonce officielle de son départ. L’ancien sélectionneur des Lions de l’Atlas révèle avoir arrêté son choix le soir même de la finale de la CAN 2025, perdue contre le Sénégal à Rabat. Parti officiellement le 5 mars dernier, après trois ans et demi à la tête de la sélection, le technicien de 50 ans affirme avoir atteint un point où son attachement au pays et à son groupe l’a convaincu qu’il était temps de passer la main.
Une décision mûrie dans la douleur de la finale
Le 18 janvier, le Maroc et le Sénégal se retrouvent en finale de la CAN 2025 à Rabat. Une affiche historique pour les Lions de l’Atlas, portés par l’ambition de décrocher un nouveau titre continental devant leur public. La rencontre bascule finalement en faveur du Sénégal, qui s’impose 1-0 après prolongation. Mais au-delà du résultat sportif, cette soirée va devenir un tournant dans l’histoire de Regragui avec la sélection marocaine.
Invité du podcast « Magharib », diffusé par le média Atheer, l’ancien entraîneur du Wydad Casablanca a expliqué que l’idée d’un départ lui était venue dès cette soirée, voire avant le coup de sifflet final. Son choix n’aurait donc pas été la conséquence d’une réflexion improvisée dans les semaines suivantes. Il explique avoir ressenti qu’il avait atteint une limite personnelle après avoir accompagné cette génération au sommet de ses possibilités.
Cette décision intervient dans un contexte particulièrement chargé. Le Maroc venait de vivre une finale à haute tension, marquée par des événements qui ont profondément alimenté la controverse autour de la rencontre. Pour Regragui, le scénario de cette finale reste difficile à dissocier de son départ. Il estime notamment que l’interruption provoquée par le retrait temporaire des joueurs sénégalais après un penalty accordé au Maroc a pesé sur la fin de match.

Regragui conteste toujours le scénario du sacre
La frustration de l’ancien sélectionneur ne concerne pas uniquement la défaite initiale. Sa lecture de la finale reste intimement liée à la décision prise ultérieurement par les instances de la Confédération africaine de football. Selon lui, le Maroc avait été privé d’un dénouement qui semblait lui être favorable. Il pointe notamment l’impact qu’aurait pu avoir l’interruption de la rencontre sur ses joueurs, en particulier sur Brahim Diaz.
Le milieu offensif marocain avait eu une occasion décisive dans les dernières minutes, à la 90e+24, sans parvenir à concrétiser. Un épisode que Regragui considère comme l’un des moments susceptibles d’avoir été influencés par le contexte exceptionnel de cette fin de rencontre. L’ancien sélectionneur revendique par ailleurs le statut de champion d’Afrique, estimant que la décision prise par le Jury d’Appel de la CAF, deux mois après la finale, a finalement confirmé sa lecture de l’affaire.
Cette position reste toutefois celle de Regragui et s’inscrit dans son analyse personnelle des événements ayant entouré la finale. Elle traduit surtout l’importance émotionnelle et sportive de cette rencontre dans son parcours à la tête des Lions de l’Atlas. Une chose est certaine : pour lui, cette finale n’a pas seulement marqué la fin d’une compétition. Elle a également constitué le point de départ d’une décision qui allait modifier l’avenir de la sélection marocaine.
Une première démission déjà envisagée après la CAN 2023
Le départ de Regragui n’était pourtant pas une première dans son esprit. Le technicien avait déjà envisagé de quitter son poste après la CAN 2023 disputée en Côte d’Ivoire. Le Maroc avait alors été éliminé en huitièmes de finale, un résultat qui ne correspondait pas aux objectifs fixés par le sélectionneur. Regragui reconnaît avoir voulu assumer cet échec en présentant sa démission. Son ambition était claire : atteindre au minimum les demi-finales de la compétition. L’élimination prématurée avait donc été vécue comme une contre-performance suffisamment importante pour remettre son avenir en question.
Mais le président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, avait choisi de le retenir. Le patron de la FRMF lui avait alors fait comprendre que son travail n’était pas terminé. Une intervention que Regragui considère aujourd’hui comme déterminante dans la suite de son parcours. Avec le recul, l’ancien sélectionneur estime que cette décision était pertinente. Sans cette confiance renouvelée, il n’aurait probablement pas poursuivi son aventure jusqu’à la CAN 2025.

Trois ans et demi au sommet de la sélection marocaine
Le bilan de Regragui à la tête des Lions de l’Atlas dépasse largement les résultats d’une seule compétition. Nommé sélectionneur du Maroc en 2022, il a pris les commandes d’une équipe qui allait rapidement écrire l’une des plus belles pages de son histoire récente. Sous sa direction, le Maroc a notamment atteint les demi-finales de la Coupe du monde 2022 au Qatar, devenant la première sélection africaine à accéder au dernier carré d’un Mondial. Cette performance a considérablement renforcé son statut auprès du public marocain et sur le continent africain.
Mais les attentes ont également augmenté. Après l’exploit mondial, chaque compétition est devenue un nouveau test. La CAN 2023, puis la CAN 2025, ont placé le sélectionneur sous une pression différente, avec une exigence accrue autour du résultat. C’est dans cette perspective que son départ prend une dimension particulière. Regragui ne quitte pas seulement un poste : il met fin à un cycle commencé après l’épopée qatarie et marqué par des ambitions toujours plus élevées. Son départ officiel, le 5 mars, est ainsi l’aboutissement d’une décision prise plusieurs semaines auparavant. Pour l’ancien technicien marocain, l’histoire avec les Lions de l’Atlas appartient désormais au passé. Mais son départ montre aussi une réalité souvent oubliée dans le football de haut niveau : derrière les décisions officielles se cachent parfois des choix arrêtés bien avant leur annonce.




