Quinze mille enfants observés, 37 retenus. C’est ainsi qu’a démarré l’académie Mohammed VI de football, selon son premier directeur technique, Nasser Larguet, cité par le site de la CAF. Quinze ans plus tard, cinq de ses anciens élèves figuraient dans l’équipe nationale marocaine à la CAN 2025. Comment ce centre de Salé est-il devenu un modèle pour le football africain ? Voici les clés de la réussite.
Académie Mohammed VI : une vision royale née à Salé
Lancée en 2008, l’Académie Mohammed VI de football a accueilli sa première promotion en septembre 2009, avant son inauguration officielle le 28 mars 2010 par le roi Mohammed VI. Implantée à Sala Al Jadida, près de Salé, cette infrastructure a nécessité un investissement global de 140 millions de dirhams, selon le quotidien Aujourd’hui le Maroc. Dès sa conception, le projet reposait sur une ambition claire : détecter les jeunes talents marocains et leur offrir une formation de haut niveau associant football et études.
Selon Bladi, le centre s’étend sur 18 hectares. Le même site explique qu’il est né d’une prise de conscience : l’Afrique avait ses académies de référence, comme celles de Jean-Marc Guillou ou le Paradou AC en Algérie, pas le Maroc.
Selon le site de la CAF, Tarik El Khazri, responsable du recrutement, a rappelé que le projet était « le fruit d’une vision et d’une initiative royale ». Nasser Larguet, nommé premier directeur technique, raconte être arrivé « avec une feuille blanche ». Entre 2007 et 2010, tout a été conçu de zéro : l’architecture, la méthode, l’encadrement et le modèle éducatif.

Les chiffres de la machine à talents
Les résultats sont mesurables. Selon la CAF, sur les 57 joueurs accompagnés sous la direction de Larguet, 47 sont devenus professionnels et 15 ont évolué en Europe. Plusieurs ont disputé une Coupe du monde, des Jeux olympiques et une CAN.
La vitrine, c’est la sélection nationale. Selon Bladi, onze des 26 Lions de l’Atlas à la Coupe du monde 2022 au Qatar avaient été formés à l’académie. Pour la CAN 2025, « Aujourd’hui le Maroc » cite cinq joueurs passés par l’AMF :

Nayef Aguerd (Olympique de Marseille)
Azzedine Ounahi (Panathinaïkós FC)
Youssef En-Nesyri (Al-Ittihad)
Oussama Targhalline (Feyenoord)
Abdelhamid Aït Boudlal (Stade rennais)
Le secret de l’académie Mohammed VI : l’éducation avant tout
Le modèle repose sur un principe simple. Larguet a résumé la philosophie sur le site de la CAF : « Quand on a parlé d’éducation, on a tout dit. » Les enfants entrent à l’académie à 9, 10 ou 12 ans, sans garantie de devenir professionnels.
Respect, discipline, vie en collectivité et scolarité servent de filet de sécurité. « Une carrière s’arrête à 30 ou 35 ans », a rappelé le technicien.
Autre idée forte, selon Tarik El Khazri : le pari n’est pas gagné à la détection, mais lorsque le joueur stabilise son niveau avec son club et la sélection. L’objectif est d’atteindre au moins dix saisons au plus haut niveau. Selon lui, on parle désormais d’une « marque AMF », reconnue par la maîtrise technique sous pression.
Le message est aussi politique : la réussite n’exige plus un exil précoce. « On peut y parvenir chez nous », a répété Larguet.

La relève est déjà là
L’Académie Mohammed VI de football continue d’alimenter les sélections nationales marocaines. À la CAN U17 organisée au Maroc du 13 mai au 2 juin 2026, quatre de ses pensionnaires figuraient parmi les joueurs retenus : Oualid Ibn Salah, Adam Boughazir, Mohamed Harouche et Aymane Ezzarky. Un an plus tôt, quatre anciens pensionnaires — Yassir Zabiri, Houssam Essadak, Fouad Zahouani et Yassine Khalifi — avaient contribué au sacre du Maroc à la Coupe du monde U20 au Chili. Ces résultats illustrent la capacité de l’institution à accompagner les jeunes talents vers les compétitions internationales et à renforcer progressivement le vivier des équipes nationales.
Les limites du modèle
Le succès du football marocain ne repose pas que sur l’AMF. Selon Bladi, onze des 26 joueurs de la Coupe du monde 2022 en sont issus, ce qui signifie que près de six sur dix viennent d’autres filières, notamment de la formation européenne. L’académie est donc une pièce maîtresse, mais pas la seule.
L’académie Mohammed VI montre qu’un pays peut bâtir une filière complète chez lui : une vision à long terme, une sélection rigoureuse (37 enfants sur 15 000), une éducation exigeante et des anciens élèves qui reviennent témoigner. Avec 47 professionnels sur 57 joueurs accompagnés, le Maroc tient là un modèle que d’autres pays africains pourraient copier. Le défi des prochaines années : prouver que la nouvelle génération saura aussi gagner un trophée continental, objectif que le Maroc poursuit depuis 1976.




