Analyses

CAN 2027 en Afrique de l’Est : chantiers miracles ou gigantesque pipeau ? Dans les coulisses d’un pari à haut risque

Rubrique Analyses du Club 360

À moins de neuf mois du coup d’envoi de la CAN 2027, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda jouent désormais contre la montre. Stades, terrains d’entraînement, routes, hôtels, aéroports et dispositifs logistiques doivent être prêts pour accueillir 24 sélections du 19 juin au 17 juillet 2027. Entre avancées spectaculaires et retards persistants, le projet Pamoja est entré dans sa phase de vérité.

Trois pays, un chantier continental

La CAN 2027 ne sera pas une édition ordinaire. Pour la première fois, trois pays organiseront conjointement la compétition. Le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie devront donc coordonner leurs infrastructures, leurs transports, leur sécurité et l’accueil des supporters. La CAF a déjà réalisé plusieurs missions d’inspection, portant non seulement sur les stades, mais aussi sur les terrains d’entraînement, les hôtels, les aéroports et les dispositifs de transport. L’enjeu dépasse donc largement la construction de quelques enceintes sportives. Il s’agit de faire fonctionner simultanément un système logistique réparti sur trois territoires.

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Kenya : Talanta impressionne, mais le compte à rebours continue

À Nairobi, le Talanta Sports International Stadium constitue la vitrine du projet kényan. Cette enceinte de 60 000 places a été inspectée par la CAF en septembre. Quelques jours plus tard, Patrice Motsepe s’est déclaré impressionné par l’avancement du chantier, tout en visitant le stade de Kasarani, où des travaux restent nécessaires.  Mais Talanta ne suffira pas à lui seul. Le Kenya doit également finaliser ses terrains d’entraînement, ses infrastructures hôtelières, ses installations aéroportuaires et d’autres sites nécessaires au fonctionnement du tournoi. Selon Nicholus Musonye, président du comité local d’organisation, la pelouse de Kasarani doit être achevée fin octobre, avec une remise du site prévue en décembre. Le contraste est révélateur : une enceinte spectaculaire peut donner une impression de réussite, tandis que les infrastructures secondaires déterminent concrètement la capacité d’un pays à organiser une compétition internationale.

Tanzanie : plus de 80 %, mais pas encore au bout

La Tanzanie affiche également des signes d’accélération. Selon Neema Msitha, directrice générale du comité local d’organisation, les principaux stades affichent en moyenne un niveau d’avancement supérieur à 80 %, tandis que les infrastructures d’entraînement progressent également.  Dar es Salaam, Arusha et Zanzibar figurent parmi les pôles concernés. Les autorités ont parallèlement demandé une accélération des travaux routiers et des infrastructures de transport. La question sera donc moins celle de la construction d’un stade isolé que celle de la capacité du pays à connecter efficacement les différents sites au moment où arriveront équipes, officiels et supporters.

Ouganda : la pression monte sur les chantiers

En Ouganda, le stade municipal de Hoima est déjà achevé, tandis que les travaux se poursuivent notamment sur le stade Akii-Bua de Lira et plusieurs centres d’entraînement. Le comité d’organisation vise la mise en service de l’essentiel des infrastructures avant la fin de l’année. La pression est toutefois visible. Le 24 septembre, le ministre d’État aux Sports, Peter Ogwang, a demandé une accélération des travaux sur plusieurs installations. Une mission de la CAF a également fait remonter des difficultés concernant certains sites situés en dehors de Kampala.

Le vrai test commence après le béton

Un stade terminé ne garantit pas une CAN réussie. La compétition exige une chaîne opérationnelle complète : sécurité, transport, hébergement, diffusion télévisée, médias, billetterie, accueil des supporters, accès aux sites et organisation des matchs. C’est précisément sur ce terrain que le calendrier devient préoccupant. La CAF avait fixé des étapes de préparation dès 2026 et poursuit ses inspections techniques. En avril, l’organisation et les trois gouvernements avaient notamment insisté sur les infrastructures, la mobilité transfrontalière, la sécurité et l’hospitalité. Le trio possède néanmoins un avantage : il a déjà organisé conjointement le CHAN 2024. Cette expérience constitue une base opérationnelle, même si la CAN, avec ses 24 équipes et son exposition internationale, représente une organisation d’une dimension supérieure.

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Le spectre d’un plan de secours

C’est ici que le dossier devient particulièrement sensible. Le Monde a rapporté le 26 septembre que la CAF aurait sondé plusieurs pays, dont le Maroc, l’Algérie et l’Afrique du Sud, en raison des retards accumulés dans les préparatifs. Mais cette information doit être présentée avec prudence. Un responsable de la CAF, cité par le journaliste Micky Jnr, a démenti que l’instance ait engagé de telles démarches. Par ailleurs, Patrice Motsepe avait publiquement affirmé en septembre qu’il n’existait ni « plan B » ni « plan C ». Il existe donc, à ce stade, deux récits contradictoires : des informations de presse évoquant des solutions de remplacement et une communication officielle qui maintient le projet Pamoja. Aucun retrait de l’organisation aux trois pays n’a été annoncé.

CAN 2027 : pari fou ou test grandeur nature ?

La question n’est donc plus seulement de savoir si les grues continueront de tourner. Il faut désormais démontrer que les infrastructures pourront être livrées, homologuées, testées puis exploitées simultanément. Le projet Pamoja avance réellement : Talanta prend forme, certains stades sont déjà opérationnels ou proches de l’être et les gouvernements accélèrent les travaux. Mais les inspections successives montrent également que plusieurs pièces du puzzle restent à assembler.

Le verdict appartiendra donc moins aux discours qu’aux échéances. Si les trois pays transforment leurs chantiers en infrastructures fonctionnelles dans les délais, la CAN 2027 pourrait devenir une démonstration de coopération régionale. Dans le cas contraire, les retards actuels pourraient transformer l’ambition Pamoja en l’un des dossiers d’organisation les plus surveillés de l’histoire récente de la CAN. Pour l’heure, la CAF maintient officiellement le cap : 19 juin–17 juillet 2027, Kenya–Tanzanie–Ouganda. Le chantier continue, mais le chronomètre, lui, ne s’arrête pas.

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