Analyses

Si j’étais Cristiano Ronaldo : quand vient le temps de regarder derrière soi

Cristiano Ronaldo sous le maillot d'Al-Nassr

Chronique — Si j’étais Cristiano Ronaldo, le mercredi soir, je ne regarderais peut-être pas seulement le terrain. Je regarderais derrière moi. Je verrais vingt-trois années de sélection, des buts, des défaites, des trophées, des larmes, des records et surtout un maillot devenu presque indissociable de mon nom.

Et puis je me demanderais : comment quitte-t-on une histoire qui a commencé en 2003 ? À 41 ans, je serais face à une situation que même les records ne peuvent résoudre. Le Portugal n’est plus simplement une sélection que je représente. Il est devenu une partie de mon identité sportive. Avec 234 sélections et 146 buts, je suis le joueur le plus capé et le meilleur buteur de l’histoire du football international masculin. Alors, si j’étais Cristiano Ronaldo, je prendrais peut-être quelques secondes avant de franchir la porte. Pas pour compter mes buts. Pas pour penser aux Ballons d’Or. Mais pour mesurer le poids de ce geste.

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Je ne serais plus seulement un joueur

Je saurais qu’à mon âge, chaque décision prend une dimension particulière. Une absence à l’entraînement n’est plus seulement une absence. Un remplacement n’est plus seulement un choix tactique. Une conférence de presse peut devenir un événement national. Cette semaine, Jorge Jesus a affirmé son autorité sur les choix sportifs et annoncé que Gonçalo Ramos débuterait face au Danemark. Cristiano Ronaldo, lui, avait déjà été laissé sur le banc lors de la victoire portugaise contre la Norvège (2-1). Le lendemain, il quittait le rassemblement.

Si j’étais Ronaldo, je saurais donc que mon départ ne serait pas interprété comme celui d’un joueur ordinaire. Je serais conscient que chaque geste serait disséqué. Je quitterais un rassemblement, mais les médias y verraient peut-être la fin d’une époque. Et c’est précisément là que le football devient cruel : lorsque l’homme disparaît derrière le symbole.

Je penserais à ce que j’ai construit

Cristiano Ronaldo sous le maillot d'Al-Nassr
Photo : Mohammadreza Abbasi / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Si j’étais Cristiano Ronaldo, je me rappellerais peut-être qu’avant d’être une légende, j’étais simplement un jeune Portugais qui voulait jouer pour son pays. Je penserais à l’Euro 2016. À cette soirée où le Portugal a enfin remporté un grand titre européen. Je penserais aux Coupes du monde, aux éliminations, aux victoires et aux moments où le brassard semblait peser davantage que le maillot.

Je me rappellerais aussi que les records ne protègent de rien. L’UEFA recensait encore récemment 146 buts et 234 sélections pour le capitaine portugais. Elle rappelle également qu’il est devenu le premier joueur à marquer lors de six éditions différentes de la Coupe du monde. Mais aucun chiffre ne permet de répondre à une question beaucoup plus humaine : quand faut-il partir ?

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Partir n’est pas forcément dire adieu

Si j’étais Ronaldo, je ferais attention à ne pas confondre colère, fierté et décision définitive. Car une chose est importante : je n’aurais pas annoncé ma retraite internationale. Mon message serait plutôt une porte laissée ouverte. Après son départ, Ronaldo a indiqué qu’il expliquerait « en temps voulu » aux Portugais les raisons de sa décision. La Fédération portugaise a confirmé son départ et précisé que la préparation des prochains matches se poursuivrait avec les 24 joueurs restants.

Alors, si j’étais Cristiano Ronaldo, je garderais peut-être le silence. Parce que certaines explications gagnent à être données loin du tumulte. Je laisserais le temps faire son travail. Je laisserais les Portugais attendre. Et lorsque viendrait le moment de parler, je raconterais ma version, sans intermédiaire, sans interprétation et sans conférence de presse pour parler à ma place.

Le dernier chapitre appartient encore à Cristiano Ronaldo

Si j’étais Cristiano Ronaldo, je saurais surtout que mon histoire avec le Portugal ne peut pas être résumée par une soirée à Copenhague. Une carrière internationale de plus de deux décennies ne disparaît pas parce qu’un rassemblement se termine brusquement. Mais je saurais également qu’une légende n’écrit pas seulement son histoire avec ses buts. Elle l’écrit aussi avec la manière dont elle affronte ses derniers chapitres.

Peut-être que cette porte refermée à Copenhague ne sera qu’une parenthèse. Peut-être qu’elle sera autre chose. Pour l’instant, le seul fait certain est que Cristiano Ronaldo a quitté le rassemblement et qu’il n’a pas annoncé la fin de sa carrière internationale. Le reste appartient encore au prochain chapitre.

Et si j’étais Cristiano Ronaldo, je le saurais mieux que personne : on ne choisit pas toujours la manière dont une histoire commence, mais on peut encore choisir la manière dont on raconte sa fin.

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