La CAN 2025 au Maroc devait être celle de la maturité. Elle pourrait aussi devenir celle de la fracture. Dès la première journée, l’Afrique du football a offert un spectacle intense, moderne, parfois brillant… mais aussi dérangeant. Derrière les scores flatteurs et les stars en lumière, une question s’impose déjà : assiste-t-on à l’avènement d’un football africain total ou à une compétition où les puissants bénéficient d’un avantage structurel assumé ?
CAN 2025 au Maroc : Des favoris ultra-préparés… trop préparés pour être inquiétants ?
Sur le papier, rien à redire. Le Sénégal, l’Algérie et le Maroc ont répondu présent. Sur le terrain, ils ont même parfois écrasé la concurrence. Mais faut-il s’en réjouir ou s’en méfier ?Le Sénégal a déroulé face au Botswana (3-0), avec un Nicolas Jackson clinique, parfaitement intégré dans un système huilé.
Pressing coordonné, sorties de balle propres, transitions rapides : les Lions de la Teranga jouent aujourd’hui un football calibré pour gagner vite et sans trembler. Mais cette domination pose aussi une question : le Sénégal progresse-t-il encore ou est-il déjà en gestion permanente ? Car derrière la maîtrise, certaines séquences ont révélé une dépendance persistante à Édouard Mendy, encore décisif quand le bloc a été étiré.

Même lecture pour l’Algérie. Le score est large, le jeu est propre, Mahrez marque et bat un record. Pourtant, face à un Soudan diminué, en reconstruction et peu armé offensivement, la victoire était attendue. Le vrai signal inquiétant n’est pas le jeu algérien, mais le contexte : accès au terrain, préparation, gestion des temps faibles… autant de détails qui alimentent déjà les soupçons d’un “confort réservé aux grands”.
Arbitrage, faits de jeu, money time : le retour du doute africain
C’est ici que la CAN 2025 commence à grincer.
L’Égypte s’en sort face au Zimbabwe grâce à un penalty obtenu à la 91e minute par Mohamed Salah. Décision justifiable pour certains, généreuse pour d’autres. Mais ce qui frappe, c’est la répétition : les cadors survivent toujours dans les derniers instants. Burkina Faso vainqueur après un carton rouge sévère contre la Guinée équatoriale. Nigeria et Côte d’Ivoire gagnants sans convaincre, protégés par leur statut. Même constat global : quand le match bascule, il bascule rarement contre les puissants.
Attention : il ne s’agit pas d’un complot, mais d’un déséquilibre psychologique et institutionnel. Les arbitres savent qui ils ont en face. Les petites nations le savent aussi. Et dans une compétition aussi tendue, cette réalité change tout.
Les “petites” nations ne sont plus petites… mais sont-elles vraiment égales ?
Sur le terrain, la réponse est claire : oui, footballistiquement. Mozambique, Zimbabwe, Zambie, Guinée équatoriale ont proposé un football structuré, courageux, parfois brillant. Blocs médians intelligents, transitions rapides, exploitation des couloirs, discipline collective : le fossé tactique a presque disparu.
Mais structurellement, l’écart demeure. Préparation, récupération, pression médiatique, marge d’erreur arbitrale : les outsiders jouent un match parfait ou sortent, les favoris peuvent gagner sans briller. C’est là tout le paradoxe de cette CAN : jamais les “petits” n’ont été aussi forts, et pourtant jamais ils n’ont semblé aussi proches sans parvenir à faire tomber les géants.
Le Maroc, hôte modèle… mais CAN sans ferveur ?

Organisation irréprochable, stades modernes, pelouses parfaites : sportivement, le Maroc élève la CAN à un standard mondial. Le jeu y gagne clairement en qualité. Mais une image interroge : des tribunes parfois clairsemées, même lors de matchs majeurs. La CAF tente de corriger le tir (billets accessibles, promotions), mais la question demeure : Une CAN ultra-professionnelle peut-elle survivre sans ferveur populaire massive ? Le risque existe : transformer la Coupe d’Afrique en produit télé premium, impeccable mais déconnecté de sa base émotionnelle.
Verdict provisoire : la meilleure CAN… ou la plus dangereuse ?
Football total, stars au rendez-vous, outsiders brillants, infrastructures de haut niveau : oui, la CAN 2025 est spectaculaire et ambitieuse.
Mais elle flirte aussi avec une ligne rouge : celle d’un tournoi où l’écart ne se fait plus sur le terrain, mais autour.
Si les favoris continuent de jouer avec le feu, protégés par les détails, le retour de bâton pourrait être violent dès la deuxième journée.
Car une chose est sûre : l’Afrique n’accepte plus de perdre en silence.

Le débat est lancé :
Les favoris sont-ils vraiment supérieurs ou simplement mieux protégés ?
L’arbitrage est-il cohérent sur l’ensemble des matchs ?
Cette CAN est-elle un modèle d’avenir… ou un tournant à surveiller de près ?
La CAN 2025 est grande, belle, intense. Mais elle est aussi sous observation. Et ce n’est que la première journée.




